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Comment se déroule une colonie de vacances? témoignage d’un directeur
Ecrit par admin | Ecrit dans Vive les colos! | Ecrit le 23-02-2010
Dimanche 5 juillet 2009, 12h30
Les enfants arrivent au compte-goutte. Et moi je compte les présents. Je discute aussi avec eux, pour prendre connaissance : savoir qui ils sont et parler de leurs vacances qui débutent. Comme je suis directeur du séjour foot, je leur demande bien sûr quelles sont leurs équipes préférées. Beaucoup de supporters de l’OM, ce qui n’est pas étonnant : nous sommes basés au lycée agricole de Valabre, tout près d’Aix en Provence. Les jeunes à qui je parle sont tous des environs et sont venus en voiture avec leurs parents. Ces derniers me demandent des renseignements sur les horaires, les repas, les activités, les ateliers, les visites, autant de sujets dont nous avons discuté avec mes animateurs lors des deux derniers jours, sur le site même de Valabre. Je le sais, le projet est « calé ». Mais sa réussite dépendra aussi de la cohésion qui naîtra (ou pas) dans le groupe de jeunes qui vivra avec nous ces deux semaines.
Dans le car qui arrive maintenant sous mes yeux, se sont déjà constitué des liens. Partis une demi-heure plus tôt de la gare d’Aix TGV, il transporte en effet l’essentiel des troupes venues de Paris et Lyon. Les animateurs responsables du convoyage me confirment que tout s’est bien passé, me donnent quelques informations de dernière minute, et me transmettent les dernières questions des parents. Pendant ce temps, nos jeunes font connaissances autour du goûter installé dans la cour principale du lycée. Peu à peu, les parents repartent, non sans nous souhaiter le meilleur pour les quinze jours à venir. Nous en profitons pour les inviter à venir assister au spectacle final des « Star d’un soir », qui partagent avec nous les locaux. Certains sont curieux de voir ce que donne concrètement un projet Vitacolo, et ne manqueront pas le rendez-vous.
Ca y est, le séjour vient réellement de commencer ! Nous emmenons les jeunes dans leur chambre. Bien que leur ayant imposé de respecter des groupes d’âge relativement homogènes, nous leur laissons la liberté de s’installer avec les personnes de leur choix. Après quelques réglages nous passons aux inventaires des valises. Contrairement aux animateurs, je n’ai pas de chambre de référence, ce qui me laisse le loisir d’observer le couloir dans sa globalité. Je suis satisfait de l’avancement de cette « opération », toujours un peu délicate et chronophage. Il faut dire qu’avec un animateur pour cinq enfant, l’encadrement est optimum ! Ce sera un atout pour ce séjour : les animateurs pourront prendre le temps de peaufiner leurs animations, ou de se reposer sans mettre l’équipe en défaut (à condition que je sois mis au courant bien sûr) ; de leur côté, les jeunes auront toujours l’occasion de discuter ou jouer avec un des nombreux animateurs disponibles.
Je réunis mes « colons », afin de leur expliquer en quoi consiste le projet du séjour : faire vivre un championnat en prenant en charge tous les métiers du monde du football. Chacun de mes animateurs est spécialiste d’un des ateliers qui seront proposés. Ils expliquent donc à tour de rôle ce qu’ils y feront. L’entraîneur brevet d’état mènera les entraînements en fin de matinée, et servira de soutien aux arbitres pendant les matchs. L’animateur journaliste s’occupera avec les jeunes des relevés statistiques journaliers et leur fera par la suite rédiger un article dans la gazette Vitacolo. Les animateurs vidéo filmeront et commenteront le « match star » de chaque journée de championnat, et effectueront ensuite avec leur groupe un montage des plus grands moments : chaque journée fera également l’objet d’un plateau TV qui pourra prendre de multiples formes, suivant l’envie et l’imagination des jeunes. Quant à moi, en tant que président de la ligue, je débrieferai les deux matchs joués dans la journée en compagnie des arbitres : nous devront alors décider collégialement si nous attribuons zéro, un, deux ou trois points de fair play aux équipes concernées.
Après la nécessaire visite du centre, nous laissons un peu de répit à notre fine équipe en attendant le repas. Nous nous rendons ensuite au self où nous faisons connaissance avec René notre magic’ cuisinier. Et sans plus attendre, nous enchaînons sur une veillée basée sur des jeux pour faire connaissance. Je constate alors clairement ce que j’avais déjà pressenti : des groupes d’affinités se sont déjà constitué, mais le groupe n’est pas encore soudé. Ce sera certainement un de nos plus gros enjeux ! Après cette grosse journée de transport nous préférons mettre un terme rapidement à la veillée. D’autant que le premier coucher est toujours un peu folklorique, et que l’ordre du jour de notre première réunion du soir est forcément chargé.
Lorsque toutes les lumières sont éteintes, et que seules les cigales perturbent le calme de la nuit, le gros des deux équipes d’animation se dirige donc dans la cour pour faire un premier point sur le séjour. Chaque soir, nous procéderons de cette façon : une première phase avec les deux équipes réunies, afin de mettre en commun nos observations et le planning du lendemain, puis une réunion séparée, afin de discuter des enjeux spécifiques de chaque séjour.
Après avoir encore insisté sur l’importance de la vie quotidienne dans ce séjour, je laisse mes animateurs rejoindre leur chambre. De mon coté je profite une dernière fois de la douceur de la nuit, je lève les yeux vers le ciel parfaitement dégagé de Provence…
Samedi 17 juillet 2009, 12h30
Image déchirante que celle du directeur qui regarde s’éloigner le car transportant quinze jours de sa vie…
Je m’accorde une pause avec Mehdi, le directeur de Vitacolo, qui m’a servi de « garde-fou » pendant tout le séjour. Nous revivons certains moments fars, voire épiques : la gestion des courses alimentaires lors des deux premiers jours suite au retard de livraison de notre fournisseur, le championnat palpitant jusqu’à la dernière journée, la veillée détective et la trahison de l’inspecteur Gelding, le grand jeu X-files et mon arrivée épique en Alessandro Del Piattino, le spectacle Star d’un soir ponctué par les applaudissements des footballeurs, les deux booms en extérieurs animées par DJ Romano, la baignade à Marseille délocalisée à cause d’une autre colonie (celle des méduses !), etc…
Après avoir longuement hésité, nous décidons de ne pas différer le rangement et nettoyage des locaux. Un autre séjour arrive dès ce soir sur le centre et occupera nos chambres : nous devons donc faire place nette. Alors que je ramasse un poster et une brosse à dent égarés, j’entends Mehdi rire aux éclats à l’autre bout du couloir : sans doute une réminiscence…
De mon coté, j’avoue être plus nostalgique. Mes animateurs pourront sereinement quitter les enfants, progressivement durant le voyage en train. Mais pour moi, le silence du lycée me renvoie l’image d’une séparation brutale. Quelques heures auparavant j’étais au cœur de l’effervescence des inventaires, des numéros de téléphone et des mails échangés, des mercis et des hourras…de la vie d’un groupe qui a partagé un projet, un instant de vie. Certes les conflits n’ont pas manqué, comme dans toutes les colonies de vacances, mais nous avons fait en sorte que les jeunes les dépassent, en s’investissant ensemble dans quelque chose qui grandit. Ma crainte initiale de voir le groupe se disloquer s’est progressivement effacée devant la force de notre projet collectif et l’envie des jeunes de le partager. Je sais que certains d’entre eux ont même appris (socialement parlant) de cette expérience. La satisfaction d’avoir collaboré avec une équipe d’animation efficace et soudée, d’avoir réalisé un projet ambitieux, et d’avoir imprimé des souvenirs (peut-être) indélébiles dans la tête de nos jeunes, me laisse forcément un brin de nostalgie.
Un peu plus tard, Axel m’appelle pour m’informer qu’ils sont arrivés à Paris et que tous les enfants ont été rendus à leurs parents. Il me confirme également son envie de retravailler avec nous, et pourquoi pas de passer son BAFD (Brevet d’Aptitude aux Fonctions de Directeur). C’est une autre satisfaction : sentir que notre action est pérenne, que ce séjour a incité certains animateurs à aller plus loin dans l’exercice de leur pédagogie ! Et devant cet enthousiasme partagé, je ne peux m’empêcher de regarder en avant, et de constater avec plaisir qu’au final cette colo ne finira jamais…
















